

NOTE D'INTENTION
J'ai écrit la "Fille perchée" portée par l'envie d'explorer les troubles de l'adolescence selon le point de vue d'un personnage, comme une sorte de roman initiatique au féminin qui fait le récit des expériences d'une jeune fille comme autant d'épreuves pour grandir et s'affirmer, sans édulcorer la brutalité de certaines confrontations au réel.
L'envie de filmer ce moment crucial et complexe est venue au cours du travail d'écriture, l'image et le son s'imposant comme l'ultime moyen de montrer la façon dont le monde affecte la jeune fille, et la façon dont elle s'en imprègne.

Le
court-métrage développe particulièrement la relation
entre un vieil homme SDF, la Bête, et la jeune fille, qui constitue
l'un des volets d'un parcours entre enfance et adolescence fait de rencontres
et d'expériences qui donneront lieu à un long métrage.
L'étrangeté de cette amitié repose sur l'apprivoisement
de deux solitudes qui vont se comprendre avec peu de mots dans le refuge
de la clairière qui semble les protéger, un temps au moins,
du monde réel. C'est de là qu'elle tirera la force de grandir
et d'affronter la vie et ses deuils.
Le scénario, comme sa mise en image, repose sur un point de vue unique
et appuyé : celui de LA FILLE.
L'utilisation assumée de la voix off, qui exprime l'état intérieur
ou les choses que la fille ne peut pas dire à son entourage, et l'économie
choisie des dialogues viendront renforcer cette structure narrative.
Ce monologue intime constitue sa manière à elle de se défendre,
lui offrant un peu de recul par rapport à la complexité du
présent.
L'utilisation de cette voix accompagne d'ailleurs l'évolution du
personnage sur la durée du court-métrage. Si elle est omniprésente
dans la deuxième séquence (où la jeune fille lutte
avec sa mère) et qu'elle se substitue aux sons directs, elle est
littéralement "chassée" par le réel dans
la dernière séquence, lorsqu'une giclée d'eau froide
des enfants l'invitant à venir se baigner interrompt son monologue
intérieur en plein milieu d'une phrase...
Pour être au plus près du personnage, la caméra, sans
être subjective en permanence, épouse néanmoins son
point de vue : elle est en plongée quand la jeune fille est dans
l'arbre, ou parfois fixe, en plan large, pour montrer la façon singulière
de l'héroïne d'être parmi les autres.
Les lieux où se déroule cette histoire ont tous une fonction
spécifique et une résonance particulière en l'adolescente
: si le bois offre à la fois un univers inconnu, où toutes
les rencontres sont possibles, et un refuge, il est de premier abord inhospitalier.
Avec ses ronces et son atmosphère sombre, il symbolise le monde confus
dans lequel vit la jeune fille, avant de s'ouvrir sur une clairière,
point de repère central où elle peut aménager son propre
univers. L'arbre est ainsi sa bulle protectrice, elle y trouvera hauteur
et recul nécessaires pour observer ce qui se passe en elle, tout
en s'imprégnant de son énergie presque animale.
Le film sera charnel, sensuel, près des corps, au diapason des changements physiques et de l'éveil de la sexualité qui caractérisent l'adolescence. Si le format du scope permet de saisir, dans de nombreuses séquences tournées en extérieur, l'ampleur des paysages que l'héroïne traverse en courant ou dans lesquels elle se réfugie, la richesse de ses sensations est captée dans des gros plans (le cartable qui rebondit sur ses fesses quand elle marche, une main dans le pelage du chien, le rouge qui monte aux joues...). singularité.